Compléments alimentaires et fertilité

Complements alimentaires

« Quel complément prendre pour booster ma fertilité ? » C’est LA question qui revient le plus souvent sur les groupes d’essais bébé, les blogs et même en consultation.

Et les industriels l’ont bien compris ! Les compléments et autres tisanes spécial fertilité pullulent et aujourd'hui, internet regorge de conseils et d'articles en tout genre vantant les mérites de tel ou tel complément, souvent présenté comme LE remède miracle pour booster notre fertilité.

Du coup, si je fais une recherche sur mon moteur de recherche préféré (Ecosia pour ma part, le moteur de recherche qui plante des arbres) pour savoir quoi prendre pour optimiser ma fertilité et notamment améliorer ma qualité ovocytaire et endométriale, voici ce que je trouve : de l’acide folique évidemment, des probiotiques, un multivitamines prénatal, des omégas 3 (EPA/DHA), de la Coenzyme Q10, de la DHEA, du gattilier, de la L-arginine, toutes les vitamines du groupe B mais aussi des vitamine E, C et D3, du zinc, du magnésium, du resvératrol, de l’ashwagandha, de la gelée royale, du pollen, des antioxydants, de la spiruline sans compter du jus d’herbe de blé, du green mix dans les smoothies, de la Maca, des infusions de feuilles de framboisier et trèfle rouge et autres mélanges spécial fertilité… Et j’en oublie sans doute !

Le sujet de l'infertilité est devenu un vrai business et le problème est qu’on se retrouve perdu face à une somme d’informations hallucinante ! Or, l'auto-complémentation sans diagnostic préalable n'est pas anodine et peut au mieux vous coûter cher, au pire être délétère pour votre santé.

Je vous explique pourquoi.

La micronutrition, c’est quoi ?

Il existe deux grandes catégories de nutriments :

  • les macro-nutriments, qui forment les constituants de base de nos cellules. Ce sont :

les protéines (les « constituants » de notre organisme)

les glucides ou « sucres » (principale source d’énergie de notre organisme)

et les lipides ou « graisses » (également source d’énergie).

  • et les micro-nutriments, fondamentaux pour notre métabolisme : ils n’ont besoin d’être apportés qu’en très petite quantité, de l’ordre du mg voir du μg. Certains sont synthétisés par notre corps, d’autres en revanche sont dits « essentiels » et doivent être apportés par l’alimentation, notre corps ne pouvant les fabriquer seul.

La micronutrition propose une alimentation adaptée au profil de l’individu. Elle prend en compte ce qu’on appelle les micro-carences, c’est-à-dire des éléments essentiels au bien-être de l’organisme tels que : les vitamines, les oligoéléments, les fibres ou encore les acides gras essentiels. Un déficit voire une carence en ces nutriments a un impact négatif direct sur le fonctionnement de notre organisme.

La valeur nutritionnelle de notre alimentation aujourd’hui

Quand on souhaite optimiser sa fertilité, il est indispensable de commencer par adopter une alimentation variée et équilibrée et un mode de vie sain.

Pour cela, il y a quelques règles élémentaires à respecter :

- fuir les produits chimiques et toxines nuisibles (perturbateurs endocriniens, pesticides, métaux lourds…)

- consommer des aliments bio (moins de pesticides et plus d’anti-oxydants)

- éviter le plus possible les aliments ultra transformés issus de l’industrie agroalimentaire,

- faire la part belle aux légumes et aux fruits tout en laissant une place aux protéines (animales et/ou végétales)

- cuisiner des aliments vrais, bruts, locaux et de saison

- privilégier des cuissons douces (vapeur notamment) pour préserver la valeur nutritionnelle des aliments (les enzymes et la vitamine C commencent à être détruites à partir de 42°, les vitamines B et E à partir de 95°, les minéraux et les oligoéléments perdent en biodisponibilité à partir de 100° et les vitamines A et D sont oxydées autour des 110°C)

- enfin, une bonne mastication améliorera l’absorption et l’assimilation de ce que contiennent les aliments, par votre organisme, sans parler de la diminution d’inconforts digestifs comme des ballonnements

Normalement, la nature nous fournit tout ce dont notre organisme a besoin. Mais le problème c’est qu’aujourd'hui, les sols sont appauvris en minéraux, les pesticides et additifs réduisent ou détruisent la teneur en vitamines des aliments et la récolte trop précoce des fruits et légumes et leur stockage font drastiquement baisser leur valeur nutritionnelle.

C'est pourquoi, en plus d’un rééquilibrage au niveau de l’hygiène de vie, complémenter son alimentation (en acides gras, vitamines, minéraux...) peut nous aider à retrouver de l'énergie et débloquer certaines situations.

Mais attention, cela doit s’effectuer dans un cadre thérapeutique, la nutrithérapie (ou micronutrition) ne s’improvise pas.

Agir sur la cause et non le symptôme

Il est très fréquent que les carences nutritionnelles soient causées par une mauvaise assimilation. Lorsque l’intestin est trop abimé, il ne remplit plus suffisamment son rôle d’assimilation.

Le risque de carences est d’autant plus important puisque l’organisme doit beaucoup plus utiliser ses réserves de vitamines et de minéraux pour neutraliser et éliminer les molécules toxiques qui ne devraient pas franchir la barrière intestinale.

Cela concerne le plus souvent le fer, le calcium, le magnésium, mais la mauvaise assimilation peut être à l’origine de la plupart des carences en vitamines et en minéraux. Les symptômes peuvent s’atténuer ou disparaître avec la prise de compléments alimentaires mais reviennent quelques semaines ou mois après leur arrêt même si l’alimentation a été corrigée pour fournir des apports nutritionnels journaliers suffisants.

Une intolérance alimentaire peut également être à l’origine de carences nutritionnelles. Le cas le plus fréquent est l’intolérance au gluten qui n’est pas toujours détectée (ou identifiée) et qui peut sournoisement affecter votre fertilité en entravant la bonne assimilation des nutriments et/ou en induisant des réactions inflammatoires et auto-immunes qui bloquent le processus reproductif. Dans ce cas, prendre des compléments sans agir sur l’inflammation revient à jeter votre argent par les fenêtres.

Un autre exemple, si votre gynécologue constate que vous avez une phase lutéale (ou post-ovulatoire) courte, il va en conclure que vous avez probablement un déficit en progestérone et vous supplémenter.

Cela peut être efficace à court terme mais il y a peu de chance que le problème soit réglé et votre phase lutéale sera probablement toujours courte à l’arrêt du traitement.

Car un déficit en progestérone peut avoir de nombreuses causes (défaillance du corps jaune, mauvaise qualité ovocytaire, déséquilibre hormonal, exposition aux perturbateurs endocriniens, mauvaise élimination du foie, transit perturbé…)

Conclusion : contrairement à la médecine allopathique (où symptôme = médicament), le principe de la naturopathie est d’agir sur la cause de ce symptôme afin de régler durablement le problème.

Biodisponibillité des vitamines et minéraux

Notre corps ne métabolise que certaines formes de vitamines et minéraux. Il est donc important de connaître la biodisponibilité des nutriments contenus dans les compléments alimentaires afin d’être certain de leur efficacité.

Par exemple, la forme synthétique de la vitamine B12 (cyanocobalamine) est bien moins assimilée que ses versions naturelles (méthylcobalamine notamment). Or, une majorité de compléments contiennent la forme synthétique.

Même chose pour le magnésium. Le chlorure de magnésium est une forme extrêmement biodisponible (assimilation rapide et optimale) mais acidifiante et peut avoir des effets laxatifs. Le glycérophosphate de magnésium est un sel très bien toléré, peu laxatif mais déconseillé en cas de maladies rénales. L’oxyde (et l’hydroxyde) de magnésium est un sel à la teneur très élevée mais à la biodisponibilité moins grande. C’est une forme peu onéreuse et très concentrée mais cependant légèrement laxative. Le magnésium marin se trouve dans le sel de mer, ses teneurs sont excellentes mais sa biodisponibilité plus faible. Le citrate de magnésium est, avec le chlorure de magnésium, la forme la mieux assimilée par notre organisme. Il est très bien toléré et très peu laxatif (cependant déconseillé en cas de colopathie).

On peut également parler de la vitamine B9. Il est reconnu qu’une insuffisance ou une carence en vitamine B9 peut entraîner des malformations du tube neural de l’enfant à naître (malformations congénitales du cerveau, de la colonne vertébrale et/ou de la moelle épinière parmi lesquelles la fameuse spina bifida) qui se forme au cours des 4 premières semaines de grossesse, autrement dit quand on ne sait pas encore que l’on est enceinte.

La vitamine B9, est également utile pour de nombreuses fonctions de notre organisme telles que la synthèse de l’ADN et de l’ARN, le métabolisme des acides aminés/protéines, la croissance et la division cellulaire… C’est pourquoi il est fortement recommandé de se supplémenter en amont de la grossesse.

Or, les gynécologues prescrivent toujours de l’acide folique au début d’un projet de conception, ce qui correspond à la version synthétique de la vitamine B9. Le problème est que l’acide folique dans sa version synthétique doit subir de nombreuses réactions avant de passer par la méthylation et d’être finalement transformé en méthylfolate et être utilisé par notre organisme.

Il est donc préférable de privilégier la forme naturelle de la vitamine B9, appelée folates. Pour ma part, je conseille même de prendre la forme déjà méthylée (méthylfolates) dans la mesure où 53% de la population (hommes et femmes confondus) présente une mutation génétique du gène MTHFR empêchant de bien assimiler l’acide folique.

Interdépendances, synergies et antagonismes

La micronutrition fonctionne selon un système pointu et extrêmement minutieux.

Ainsi certaines vitamines et certains minéraux peuvent inhiber ou améliorer l’absorption ou la fonction d’autres vitamines et minéraux.

Les vitamines B12 et B9 sont par exemple des co-facteurs puisque la vitamine B12 est indispensable à la transformation de la vitamine B9 en folates méthylés assimilables par notre organisme. Donc si vous avez une carence en B12, vous le serez également en B9.

Le magnésium et la vitamine B6 sont quant à eux interdépendants, leur alliance permettant une potentialisation de leurs actions. En effet, la vitamine B6 permet l'absorption du magnésium au niveau cellulaire, et le magnésium une bonne utilisation de la vitamine B6 par l'organisme.

Les vitamines A et C sont des agents synergiques du fer. Un déficit avancé en vitamines A ou C peut nuire à la capacité du corps à utiliser le fer pour la production de globules rouges.

En revanche, le manganèse est un antagoniste du zinc et les deux minéraux empêchent l'absorption l'un de l'autre dans les intestins lorsqu'ils sont consommés en trop grandes quantités.

La vitamine C est antagoniste au cuivre et inversement, trop de vitamine E réduit l’absorption de vitamine K, un excès de calcium nuit à la synthèse de vitamine K, au fer, au magnésium et au zinc. Le fer est également un antagoniste du calcium, du zinc et du magnésium. Il faudra donc toujours prendre ces minéraux à distance d’une complémentation en fer (attention donc aux multivitamines qui combinent ces minéraux !...)

Et c’est encore plus complexe que cela puisque certains nutriments sont de bons amis uniquement s’ils sont pris dans les bonnes proportions ! Par exemple, le calcium et le magnésium sont mieux pris dans un rapport de 2 pour 1 (calcium au magnésium), mais si le rapport est de 8 pour 1, alors le calcium inhibe l’absorption du magnésium et vous pouvez devenir déficient.

Attention aux interactions et risques de surdosages

La revue de la littérature scientifique de Bins et al. 2018 évoque 8% d’hospitalisations liées à des interactions compléments alimentaires/médicaments. Il est important de rappeler la possibilité qu’un principe actif puisse agir en synergie mais aussi en opposition et risque d’aggraver une pathologie.

Car, s’il est évident qu’une carence micro-nutritionnelle est délétère pour la santé, l’excès est, quant à lui, tout aussi dangereux.

Le zinc est un nutriment important pour la santé de l'organisme, mais seulement en petites quantités. Aujourd'hui, la toxicité du zinc est extrêmement courante et les problèmes de santé qui vont avec se comptent par centaines. En outre, le zinc en excès empêche l'absorption de nombreux minéraux, dont le fer.

L’excès de fer a, quant à lui, une action pro-oxydante (qui favoriserait les cancers, infarctus du myocarde et syndrome métabolique entre autres)

Nos métabolismes et nos besoins diffèrent d’une personne à l’autre, et selon le contexte de chacun : projet de conception, maladie inflammatoire chronique, pathologies hivernales récurrentes, douleurs articulaire… Les dosages et la durée de complémentation doivent donc être adaptés selon le profil de chacun.e.

Attention à la qualité et à l’éthique du labo

De nos jours, la plupart des fabricants de compléments se concentrent sur le marketing plutôt que sur la recherche et l’efficacité des combinaisons d’ingrédients. Ce qui est plutôt dommage, car c’est la qualité, la quantité et la synergie des micronutriments contenus dans ces compléments qui devraient faire la différence.

Oligobs, Conceptio, Gametix, Gynéfam… Tous ces multivitamines bon marché, souvent conseillés par les médecins et gynécologues pour optimiser la préconception et la grossesse contiennent des formes peu assimilables de certains nutriments, voire pour certains des nanoparticules, des formes d’oxydes et de sulfates peu recommandables ainsi que des additifs, arômes et colorants parfois cancérigènes…

Un produit multivitaminé de haute qualité contient le moins d'additifs possible et nécessite un processus de fabrication minutieux. Voici les caractéristiques de qualité à prendre en compte pour choisir un bon complément alimentaire:

  • Large éventail de vitamines et de minéraux essentiels
  • Prise en compte des interactions, des synergies et de la biodisponibilité
  • Ne contenant pas de fluor, sodium, phosphore et fer
  • Dosage dans les limites de la quantité journalière maximale recommandée
  • Utilisation contrôlée des additifs
  • Exempt d'allergènes (maïs, soja, levure, gluten, lactose, certains agents de conservation, couleurs, arômes et parfums synthétiques)
  • Pas de gélatine et d'autres substances animales
  • Pack de stockage à long rendement
  • Détails complets des quantités de chaque ingrédient
  • Exempt de nanoparticules et de perturbateurs endocriniens (attention aux emballages)
  • Attention également à la provenance de vos compléments, préférez des origines françaises qui garantissent la traçabilité des ingrédients.

Ce qu’il faut retenir

Gardez en tête que les compléments doivent arriver en dernier recours après avoir rééquilibré votre hygiène de vie et votre métabolisme. Prendre un complément alimentaire n’est pas anodin. Que ce soit des molécules unitaires ou en complexe, il existe une variabilité des effets en fonction du mode de vie, d’éventuelles pathologies, de l’épigénétique ou du métabolisme des individus.

Chaque cas est différent et il n'existe pas UN complément qui répondrait à tous les types d'infertilité. Il est primordial d’avoir une approche globale et personnalisée, nous sommes tou.te.s différent.e.s et un complément qui a fonctionné pour l’un.e ne fonctionnera pas forcément pour vous.

Je vous déconseille de vous auto-complémenter. Les compléments alimentaires peuvent interférer avec d’autres compléments, des aliments et des médicaments, ne pas être adaptés à votre situation personnelle, sans compter qu’il faut bien les choisir et adapter les dosages. C'est pour cette raison qu'il est indispensable de vous faire accompagner par un professionnel (médecin, naturopathe, nutrithérapeute) qui saura vous conseiller en fonction de VOTRE profil.

ATTENTION pas d’auto-supplémentation pendant les protocoles PMA car cela pourrait interférer avec vos traitements. Demandez toujours l’avis de votre médecin (tout en gardant votre libre arbitre, apprenez à lire les étiquettes 😉 )

  • Association of Methylenetetrahydrofolate Reductase C677T and A1298C Gene Polymorphisms With Recurrent Pregnancy Loss in Syrian Women - Al-Achkar W, Wafa A, Ammar S, Moassass F, Jarjour RA.
  • Non-coeliac gluten sensitivity and reproductive disorders. Gastroenterology and Hepatology - Bold J, Rostami K.
  • Women and celiac disease: association with unexplained infertility - Pellicano R, Astegiano M, Bruno M, Fagoonee S, Rizzetto M.
  • Décret n°2006-352 du 20 mars 2006 relatif aux compléments alimentaires - https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000638341/
  • https://www.maman-nature.fr/quel-multivitamine-pour-optimiser-ma-fertilite/

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