Une souffrance peut-elle être illégitime ?

Tired mother

Existe-t-il une échelle de la douleur, un degré de légitimité à la souffrance ?
Pensez-vous que certaines personnes sont plus en droit de se plaindre, d’exprimer leurs difficultés, leur peine ?

Au début de mon parcours, lorsque j’entendais des femmes enceintes se plaindre de leurs nausées, je faisais partie de celles qui répondaient « moi j’en rêve de ces nausées » avec cette arrière-pensée qu’elles ne mesuraient pas leur chance d’attendre cet enfant quand moi j’espérais cette grossesse depuis déjà de trop longs mois.

Vous avez forcément vécu ce genre de situation : votre meilleure amie qui vous annonce sa grossesse surprise et qui a du mal à l’accepter. Ou votre belle-sœur qui tombe enceinte dès qu’elle le décide et qui « regrette » ensuite en prenant conscience qu’elle n’a peut-être pas la situation pro ou perso adaptée. Ou votre ex collègue qui vit mal sa nouvelle vie de mère au foyer. Ou encore cette femme que vous suivez sur les réseaux sociaux et qui partage ses difficultés de jeune maman….

Ces femmes n’ont-elles pas le droit de ressentir et d’exprimer leurs difficultés ? Leur fatigue, leur peine, leur détresse sont-elles illégitimes ? Existe-t-il selon vous une hiérarchie de la douleur ?

Et dans ce cas, où s’arrête la course au mérite ? La peine d’une femme qui fait une fausse couche précoce à 7 semaines est-elle moins légitime que celle d’une femme qui perd son bébé à 6 mois de grossesse ? Le ras-le-bol d’une femme qui a fait 1 an de PMA est-il moins légitime qu’une autre qui en est à sa 8ème année d’attente ? La douleur d’une femme atteinte d’une endométriose très profonde est-elle plus légitime que celle qui n’a « que » quelques adhérences ?

Vous l’aurez compris, il ne s’agit pas d’une compétition pour savoir qui détient la palme de l’histoire la plus difficile. Nous avons tous des seuils d’acceptation et de tolérance différents. Et c’est OK. Protégez-vous des situations qui peuvent vous blesser. Votre douleur est légitime. Mais il est indispensable de prendre la responsabilité de nos émotions. Personne d’autre que vous n’est responsable de ce que vous ressentez.
Quand une situation vous blesse, vous fait réagir, demandez-vous ce que cela vient chercher en vous. Prenons l’exemple de cette jeune maman épuisée qui rêve juste d’une nuit complète. Vous pourriez penser que la vie est injuste et qu’elle ne mérite pas d’être maman si elle se plaint, alors que vous, vous rêvez de ces nuits sans sommeil à câliner votre bébé. Mais cette femme n’est absolument pas responsable de votre parcours de vie. Votre colère et votre ressentiment sont uniquement liés au fait que vous enviez sa situation et que l’attente vous pèse terriblement.

Et je voudrais ajouter que plus le chemin vers la parentalité s’éternise et plus nous avons tendance à idéaliser l’après et à conditionner notre bonheur à ce bébé. On imagine alors une grossesse idéale, un post-partum idyllique et un petit bébé parfait sous toutes les coutures ! Mais la réalité est que la parentalité est une épreuve qui est magnifique mais aussi très difficile. Et que nos parcours, si longs et difficiles soient-ils, ne nous préserveront pas des maux de grossesse, ni des difficultés qu’impliquent les premiers mois de vie avec un nouveau-né. Or, personne n’apprécie d’avoir des nausées pendant des semaines du matin au soir, personne n’aime faire les 100 pas pendant des heures pour essayer d’apaiser son enfant qui pleure, personne ne rêve de ne dormir que 2h par nuit (je vous rappelle quand même que la privation de sommeil est utilisée comme moyen de torture sur des prisonniers)…

Dans l’inconscient collectif, une femme enceinte se DOIT d’être épanouie, une mère qui vient d’accoucher d’un bébé en parfaite santé se DOIT d’être heureuse... Vous vous rendez compte de la pression colossale ?! Cela crée des tabous énormes qui engendrent de nombreuses dépressions. Et d’autant plus si cette femme a galéré pendant des années pour avoir cet enfant ! Elle est jugée par les autres qui lui disent « tu l’as voulu, maintenant il faut assumer » mais encore plus par elle-même, parce qu’elle culpabilise de ressentir l’ambivalence de ses sentiments alors qu’elle a rêvé de ce moment pendant tant d’années….

Arrêtons de juger la vie et les réactions des autres, arrêtons de nous juger nous-même aussi. Chaque émotion est légitime et NOUS appartient. Protégeons-nous de ce qui nous blesse et prenons la responsabilité de nos émotions.

« Le bonheur est un choix conscient, qui se travaille. C’est un muscle à entrainer au quotidien pour qu’il se développe durablement. Le bonheur n’est ni un miracle, ni de la chance, il est dû à une décision consciente et à un choix délibéré de faire du bonheur un engagement de tous les jours. » Julie Arcoulin.

Choisissons d’être heureuses, et soyons heureuses pour les autres 😉

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